Il y a une vraie histoire dans la vie de Sainte Claire qui est porteuse d’un énorme enseignement — peut-être le plus grand que j’ai personnellement croisé à ce jour.

On est à Assise, au centre de l’Italie, autour de 1200. Claire, 18-19 ans, s’enfuit de sa maison pour aller rejoindre François et ses compagnons qui vivent dans la pauvreté, dans une petite église un peu à l’extérieur de la ville. Son appel est si fort qu’elle renonce à tous les conforts de ses origines nobles pour rejoindre les rangs de ces itinérants qui vivent avec Dieu. Elle se fait couper les cheveux et revêt la robe de bure, première femme parmi les hommes.

Un soir, son oncle, son père et deux de ses frères viennent la chercher à l’église et tentent de la ramener à la maison et à son destin de jeune fille riche à marier. Elle ne veut pas. Ils la prennent par la force, elle résiste. Ils la tirent à l’extérieur et elle se lance vers l’autel, s’agrippant de toutes ses forces.

Elle va à l’autel.

Symbole de sa dévotion, de son appel total pour ce qui est la Vérité. Pour ce à quoi elle sait qu’elle veut consacrer sa vie. Pas une porte, pas le coin d’une table : elle s’agrippe à ce qui est le plus sacré et pur, le symbole de sa totale dévotion. Une scène presque cinématographique, qui sert aussi de but symbolique.

Les quatre hommes tentent de la décrocher et de la tirer de toutes leurs forces, mais une force plus grande la garde accrochée. Comme si on ne pouvait plus la détacher.

Ils ne réussiront pas. Ils s’en iront, vaincus, chez eux. Claire poursuivra son chemin avec François puis deviendra un phare pour les femmes qui cherchent, comme elle, le lien direct avec Dieu dans la pauvreté et l’amour christique.

La clarté dans son cœur est telle que rien ne peut la faire plier, même pas la violence, même pas le désaveu de sa famille.

Les quatre hommes se font porteurs de l’archétype de la société patriarcale oppressive, qui écrase le lien direct et intuitif à Dieu (peu importe ce qu’Il/Elle représente).

Et, ce qui est tout aussi puissant, Claire ne fait pas deux choses: elle ne s’engage pas dans la lutte, et elle ne tente pas de les convaincre de son choix. Elle se voue entièrement à son autel – c’est direct, incontestable.

1) Elle ne met pas son attention, son énergie, son focus à lutter contre ce qui n’est pas son autel. Elle ne s’engage pas dans une bataille où le plus fort va gagner, soit physiquement soit intellectuellement. Elle ne se laisse pas distraire par des hésitations et des lubies personnelles.
2) Elle n’essaie pas de gagner son point en les convaincant de son opinion ou en les manipulant pour atteindre ses fins. Elle ne s’en va pas en prêchant. Elle n’a pas besoin qu’ils soient d’accord avec elle pour qu’elle poursuive.

Toute son énergie, son engagement, la totalité de son être est tournée vers l’autel — dans son cas, vers une vie de service et de dévotion à Dieu.

Elle se donne entièrement au but de sa vie.

Elle ne cherche pas non plus à être une lumière dans l’ombre : elle veut juste être lumière, et baigner dans cette lumière avec chaque fibre de son corps et de son âme. Pureté, clarté, puissance et intégrité.

Plus de 800 ans après, sa dévotion pour la Vérité se ressent encore de manière tangible dans les lieux qui ont accueilli son passage.

Comme tout archétype, par sa vie Sainte Claire nous invite à réfléchir à la nôtre.

Les questions qu’elle nous invite à nous poser sont…
… quel est mon autel?
… comment je m’y consacre entièrement?
… et qu’est-ce qui tente de m’en distraire / en quoi je perds mon focus? Quelles peurs, croyances, agents externes ou internes tentent de m’en arracher?